La R2, c'est censé être le tremplin. Le championnat où tu te construis, où tu apprends à gagner, où tu prépares la montée. Pour les trois clubs du 93 encore en lice cette saison, c'est surtout devenu un ring de survie. Gagny qui joue avec le feu dans une poule de dingues. Livry-Gargan 2 qui se relance après un début catastrophique. La réserve de l'entente Aulnay-Bourget qui vit un cauchemar éveillé. Trois clubs, trois réalités, un seul objectif : ne pas couler.
Gagny : Dernier mais à trois points du podium
Douzième. Sur le papier, ça fait peur. Dans les faits, c'est juste l'illustration parfaite de la folie de cette poule 2. Parce qu'à Gagny, ils savent ce que les autres ignorent : trois petits points les séparent du troisième. Trois points. Un bon match. Un sursaut. Une étincelle qui peut tout changer.
Dans cette poule ultra-serrée où tout le monde prend et perd des points, Gagny ne fait pas dans l'individualisme. Pas de superstar qui explose les compteurs. Valentin Freire et Sami Moreau tournent tous les deux autour de 42 buts en 9 matchs. Vingtièmes meilleurs buteurs de la poule. Derrière, trois autres joueurs dépassent les 28 buts. Le collectif fonctionne, l'attaque tourne. Mais c'est surtout dans les cages que Gagny a trouvé sa bouée de sauvetage.
Giovanni Di Stefano, tout fraîchement arrivé de la prénationale de Montreuil, compile déjà 80 arrêts en 10 matchs. Son match référence ? Le 9 novembre face à Montgeron. Vingt arrêts pour arracher une victoire 22-21 qui ressemblait plus à un hold-up qu'à un match de handball. Le genre de performance qui électrise un vestiaire. Qui rappelle que dans les moments chauds, il y a toujours quelqu'un pour sortir le grand jeu.
Le problème de Gagny, c'est pas le talent. C'est la régularité. Dans une poule aussi relevée où les douze premiers se tiennent dans un mouchoir de poche, l'irrégularité te coûte cher. Mais le calendrier est encore long. Et quand tu es à trois points du podium en étant dernier, tout est possible. Il suffit d'enchaîner deux, trois victoires pour remonter le classement comme un ascenseur. Les Gabiniens le savent : la bataille du maintien passera par leur capacité à transformer l'essai. Vite.
Livry-Gargan 2 : La remontada tranquille
Trois victoires, un nul, six défaites. Dix-sept points au compteur, cinq longueurs d'avance sur la zone rouge. La réserve de Livry-Gargan a connu l'enfer avant de renaître. Les trois premiers matchs ? Une catastrophe. Des défaites lourdes, un effectif en reconstruction après une relégation de prénationale. Zéro arrivée l'été dernier hormis le gardien Killian Paul. Quand tu descends et que personne ne vient, ça dit tout de l'ambiance.
Mais depuis, quelque chose a changé. La victoire contre la réserve d'Aulnay-Bourget, a tout débloqué. Un nul, deux autres victoires. Même les défaites sont désormais serrées. Plus rien à voir avec le naufrage du début. Cette dynamique a un visage : Sofiane Zobir.
Dix Neuf ans. Deuxième année senior. Mais déjà un statut à part. Quatre-vingt-onze buts en neuf matchs. Meilleur buteur de la poule avec quatorze buts d'avance sur le deuxième. Quatorze. C'est tout simplement énorme. Zobir ne découvre pas le handball de haut niveau par hasard : ça fait deux ans qu'il s'entraîne avec l'équipe première de Livry, qui évolue en Nationale 1. Il connaît l'exigence, la vitesse, l'intensité. En R2, il fait des différences à chaque match.
L'autre recrue qui change tout, c'est Killian Paul. Recruté récemment pour pallier les galères de gardien qui plombaient l'équipe, il a disputé son premier match le 29 novembre. Depuis ? Quarante-quatre arrêts en seulement trois matchs. Une moyenne ultra-convaincante qui redonne de la solidité défensive à un collectif qui en manquait cruellement.
Le problème de Livry 2, c'est la profondeur d'effectif. Beaucoup de départs cette année : des joueurs qui montent en N1, d'autres qui quittent le club. Très peu de jeunes restés en senior pour accompagner cette équipe. Mais ceux qui sont là sont handballistiquement au point. Jeunes et prometteurs. Et surtout, ils ont retrouvé la confiance. Cinq points d'avance sur la zone rouge, ce n'est pas énorme, mais c'est respirable. La dynamique est là. Il faut la prolonger.
Aulnay-Bourget 2 : Le naufrage
Neuf défaites, une victoire. Derniers de la poule, dans la zone rouge, à deux points du maintien. La réserve d'Aulnay-Bourget vit un cauchemar. Pas de meilleur buteur qui se démarque. Le meilleur attaquant du club pointe à la quarante-troisième place des buteurs de la poule. Une équipe qui change toutes les semaines. Où on peine à trouver l'identité, l'équilibre, la stabilité.
Dans ce chaos, deux joueurs apportent au moins une constance : ils sont les seuls à avoir disputé l'intégralité des dix matchs. Paul Petit, jeune arrière gauche qui a fait toutes ses classes au Bourget, compile vingt-quatre buts avec deux matchs à sept buts. On sait qu'il est capable du meilleur. Il faut juste le mettre en confiance. Dans les cages, Jeremy Nyalibondo Engomba, arrivé cette année en provenance de la prénationale de Bondy, affiche cinquante-cinq arrêts en dix rencontres. Dont un match à quinze arrêts et un autre à seize. Un joueur qui limite la casse match après match. Dans une équipe qui change constamment d'effectif, leur présence systématique offre au moins un semblant de stabilité.
Les chiffres sont cruels, mais ils ne racontent pas tout. Parce qu'Aulnay-Bourget aurait pu, aurait dû gagner plusieurs matchs cette saison. Parisis : +3 à la mi-temps avec des descentes de N3 dans l'équipe. Défaite. Livry-Gargan 2 : +2 à la pause. Défaite sur un money time non maîtrisé. Le Chesnay, huitième du classement : remontada incroyable de l'Entente qui égalise à trois minutes de la fin. Défaite encore une fois sur un money time raté. Quand tu mènes et que tu perds, c'est pas de la malchance. C'est un problème de fond.
Le contexte n'aide pas. L'équipe première d'Aulnay-Bourget vient de monter en N3 après une saison exceptionnelle. Résultat : beaucoup de descentes depuis la N3, un effectif qui change toutes les semaines, une identité de jeu impossible à trouver. C'est difficile pour tout le monde de se mettre dedans, de construire des automatismes.
Leur unique victoire est tombée juste avant les vacances contre HBC Thierry Pontain, lanterne rouge sans aucune victoire à son actif. Ce n'est pas le succès du siècle, mais c'est bon pour la confiance. Une bouffée d'air frais dans un océan de galères. La preuve que cette équipe sait gagner quand elle y croit vraiment. À deux points de la zone de maintien, Aulnay-Bourget réserve n'a plus le droit à l'erreur. L'effectif est talentueux, mais quelque chose bloque. Les changements d'effectif constants, le manque de stabilité... tout se cumule. Maintenant, il va falloir puiser au fond des tripes pour renverser la vapeur. La victoire contre Thierry Pontain a montré le chemin. Il faut le suivre.
Serrer les dents
Les R2 du 93, c'est ça : trois clubs, trois réalités, trois combats différents. Gagny qui joue sa survie dans une poule de tous les dangers. Livry qui se relance grâce à son prodige de 19 ans et son nouveau gardien. Aulnay-Bourget qui se bat pour ne pas sombrer malgré les descentes de N3. Les douze derniers et les onze derniers de chaque poule descendent. La seconde partie de saison s'annonce décisive pour tout le monde.
.png)