La trêve est là, les bilans tombent. Et en Régionale 1, le 93 vit des réalités très différentes selon qu'on regarde en haut ou en bas du classement.
La trêve hivernale est tombée sur le championnat de Régionale 1, et c'est l'occasion parfaite pour dresser un état des lieux des clubs du 93. Cinq équipes représentent la Seine-Saint-Denis cette saison, réparties dans les deux poules du championnat. Entre ambitions de montée, reconstructions douloureuses et derbys électriques, le département ne manque pas d'histoires à raconter.
Montreuil, la machine collective
Ils sont premiers ex-aequo de la poule 1 avec Brunoy, et ce n'est pas un hasard. Montreuil réalise une première partie de saison remarquable avec 7 victoires pour seulement 2 défaites. Mais ce qui frappe avant tout quand on observe cette équipe, c'est l'absence de véritable star. Pas de joueur qui cannibalise les stats, pas d'individualité qui écrase le collectif. Ici, tout le monde contribue, tout le monde performe.
Mathis Nkounkou mène la danse avec 42 réalisations, suivi de près par Mathieu Coutou à l'aile gauche (39 buts). Willy Marignan, arrivé cet été avec une expérience précieuse de la Nationale glanée à Villemomble et à l'Entente Plesséenne, apporte son leadership au poste de capitaine et ses 35 buts. Romain Duclos et Fethi Ridazaini complètent l'armada offensive avec respectivement 35 et 34 réalisations. Derrière, Raphaël Croq, autre recrue estivale, sécurise la cage avec 60 arrêts en 9 matchs.
Ce qui rend cette équipe si redoutable, c'est son vécu commun. La majorité de ces joueurs sont passés par l'Entente Sud en championnat de France. Ils se connaissent par cœur, ont grandi ensemble sur les parquets. Cette saison est leur deuxième en Prénational, et la différence de maturité saute aux yeux.
L'an dernier, Montreuil avait les crocs pour monter en N3. Mais Plaisir et l'Entente Aulnay-Bourget en avaient décidé autrement, se montrant tout simplement injouables. Une frustration immense sur le moment, mais qui s'est finalement transformée en force. Cette défaite leur a appris ce qui leur manquait pour franchir le palier. Et visiblement, ils ont retenu la leçon.
Bondy, la jeunesse au pouvoir
L'histoire de Bondy cette saison commence par une injustice. Après avoir obtenu leur maintien sur le terrain la saison passée, les Bondynois s'étaient retrouvés relégués administrativement en R2 suite aux nombreuses descentes de N3. Un coup dur pour un groupe qui avait tout donné pour sa survie. Plusieurs cadres ont alors quitté le navire, et le projet semblait fragilisé.
Mais le handball réserve parfois de bonnes surprises. Un désistement en R1 plus tard, et voilà Bondy repêché, de retour à sa place légitime. Le club a alors fait un choix fort : reconstruire avec ses jeunes.
Lucas Hammar, dit "Lucho", incarne parfaitement cette nouvelle ère. Capitaine et meilleur buteur de l'équipe avec 40 réalisations, il porte le brassard du haut de son jeune âge et montre la voie. Autour de lui une équipe de jeunes talentueux formés au club qui ont grandis ensemble. Sans oublié Jeremy Mboma et Kais Djae, tous deux revenus après un an d'arrêt, qui apportent leur talent, leur faim ainsi que leur expérience de leur formation à Tremblay. Derrière, le duo de gardiens David Menin et Rayane Gherbaoui se partage le temps de jeu avec une quarantaine d'arrêts chacun.
"J'ai construit un collectif très jeune", assume le coach. Et cette jeunesse se ressent dans les résultats : 3 victoires, 6 défaites, une 7ème place partagée avec le voisin villemomblois. La gestion des temps forts et des temps faibles reste le principal chantier. Mais le potentiel est là, évident, et ce groupe ne demande qu'à grandir ensemble.
L'objectif est clair : le maintien d'abord, la progression ensuite. Bondy construit pour l'avenir, et les fondations semblent solides.
Villemomble, l'équilibre fragile
Trois victoires, six défaites. Villemomble occupe la 6ème place de la poule 1, à égalité avec Bondy mais devant au goal-average. Les deux dernières sorties avant la trêve ont été compliquées : une défaite 30-37 à Bois-Colombes début décembre, puis une correction à domicile face à Brunoy (27-40). La fin d'année a été rude.
Pourtant, l'équipe ne manque pas d'arguments. Peterson Dessaint, arrivé l'année dernier en provenance du Bourget, s'est cette année imposé comme le patron. Capitaine et meilleur buteur avec 39 réalisations en 8 matchs, l'arrière gauche tire son équipe vers le haut. À l'aile droite, Douglas Garnero constitue la bonne surprise de la saison. Pour sa première année en senior, le jeune ailier compile déjà 37 buts et confirme les attentes placées en lui.
Mais l'enjeu de la saison dépasse le simple classement. Villemomble possède une équipe première ultra-ambitieuse qui vise la montée en Nationale 1 et qui a recruté en conséquence. Dans ce contexte, maintenir l'équipe réserve en Prénational devient stratégique. Il faut un vivier, une passerelle entre les jeunes de l'Entente Sud et l'élite du club. Descendre en R2 compromettrait sérieusement ce projet de formation.
Le maintien n'est donc pas qu'un objectif sportif. C'est une nécessité structurelle pour l'avenir du club.
Noisy-le-Grand, la montée en puissance
De l'autre côté du tableau, dans la poule 2, Noisy-le-Grand découvre la Régionale 1 cette saison. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que l'adaptation se passe plutôt bien. Cinquième avec 4 victoires et 5 défaites, les Noiséens sont bien placés pour accrocher les play-offs.
Le club vient d'enchaîner deux montées consécutives, et cette ascension n'a rien d'un accident. Le recrutement a été conséquent, l'effectif s'est étoffé, et Noisy commence à rentrer dans une autre dimension. Edgar Freire Frederico mène l'attaque avec 38 buts, tandis que Stephane Cerqueira Barreiro, arrivé cette année, s'est imposé dans les cages avec 73 arrêts en 7 matchs.
Mais comme à Montreuil, c'est le collectif qui fait la force de cette équipe. Pas de dépendance à un joueur, tout le monde apporte sa pierre. La poule 2 s'avère très compétitive, avec notamment un Palaiseau impressionnant qui trône en tête avec 23 points. La dernière sortie avant la trêve s'est d'ailleurs soldée par une défaite 36-26 face à ce leader.
La montée en N3 cette saison ? Probablement prématuré. Mais les Noiséens construisent intelligemment, match après match. L'an prochain, ils feront partie des candidats sérieux.
Saint-Denis, la reconstruction
Le cas dionysien est le plus délicat du département. Descendu de N3 il y a deux saisons, Saint-Denis n'a pas réussi à remonter immédiatement et se retrouve aujourd'hui en difficulté. Une seule victoire, deux nuls, cinq défaites : la 7ème place de la poule 2 n'est pas à la hauteur de l'histoire du club.
Les départs de l'intersaison ont fait mal, et les arrivées n'ont pas suffi à combler les trous. Pourtant, les individualités ne manquent pas. Oussem Boudjenah empile les buts à un rythme affolant avec 67 réalisations en 8 matchs. Samir Guira n'est pas en reste avec 58 buts sur la même période. Dans les cages, Karim Kharboush réalise des miracles avec 123 arrêts en 9 rencontres, soit près de 14 arrêts par match en moyenne.
Ces trois-là portent l'équipe à bout de bras, mais au niveau des résultats, Saint-Denis souffre. L'expérience est là, beaucoup de joueurs ont évolué à haut niveau, mais ça ne tourne pas encore.
L'objectif reste le maintien et la reconstruction. Saint-Denis n'est pas dernier de sa poule, et les deux confrontations directes face à Noisy-le-Grand, bien que perdues, montrent que l'écart n'est pas insurmontable. Le club a besoin de stabilité pour repartir de l'avant.
Les derbys qui ont fait vibrer le 93
Parce que le championnat prend une saveur particulière quand les voisins s'affrontent, deux matchs ont particulièrement marqué cette première partie de saison.
Bondy - Montreuil (29-30) restera dans les mémoires. Au Palais des Sports de Bondy, l'ambiance était électrique. Les locaux, portés par leur public, ont sorti le match de leur saison. Yassine Arras, Jordan Nonone et Mamadou Dianka ont tous les trois inscrit 7 buts. David Menin a multiplié les arrêts avec 9 parades. Bondy a mené, a cru à l'exploit, a fait douter le leader. Mais Montreuil, c'est Montreuil. Et quand il a fallu conclure, c'est Willy Marignan qui a surgi. Auteur d'un match plein à 7 buts sur 8 tentatives, le capitaine montreuillois a planté le dernier but à quelques secondes de la sirène. 29-30, Montreuil s'impose dans un match qui aurait pu basculer de chaque côté.
Villemomble - Montreuil (29-24) avait une autre saveur. Le derby des voisins, le classico local entre deux clubs qui partagent l'Entente Sud et dont la plupart des jeunes se connaissent depuis des années. Pour ce choc, Villemomble a décidé de frapper fort en faisant descendre des joueurs de Nationale 2. L'intention était claire : envoyer un message. Et le message est passé. Dans un match tendu mais maîtrisé, les Villemomblois se sont imposés 29-24 à domicile. Une victoire de prestige qui fait du bien au moral dans une saison compliquée.
Et maintenant ?
À la reprise, les cartes seront redistribuées. Montreuil devra confirmer son statut de leader et transformer l'essai pour enfin accéder à la N3. Bondy et Villemomble vont se battre pour leur survie en Prénational, avec des trajectoires différentes mais un même objectif vital. Noisy-le-Grand va continuer sa progression et viser les play-offs pour asseoir son nouveau statut. Saint-Denis, enfin, devra trouver les ressources pour se maintenir et entamer sa reconstruction.
Cinq clubs, cinq destins. Le 93 est bien représenté en Régionale 1, et la deuxième partie de saison promet encore son lot de rebondissements. Rendez-vous le 17 janvier pour la suite des hostilités.
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